Un album découvert à l’IUFM, que je n’ai jamais testé en classe mais qui me semble riche à exploiter avec des élèves de cycle 3.

De qui est-ce ? Thierry Dedieu

Quelle édition ? Seuil

A quoi est-ce que cela ressemble ? Un grand album aux illustrations en noir et blanc, les dessins étant dans un style très épuré qui joue beaucoup sur les ombres. Le texte est relativement court, mais le vocabulaire est parfois complexe ou les tournures de phrases, compliquées. 

yakouba_couv

Pour quel niveau ? l’histoire, prise au premier degré, est plutôt accessible, mais pour une réelle interprétation et une compréhension de l’implicite, je destinerais ce livre à des élèves de cycle 3.

Quelle est l'histoire ?

Yakouba est un garçon vivant en Afrique. C’est le grand jour, celui où il doit aller chasser un lion afin de devenir un homme, et donc un guerrier. Yakouba part seul, trouve enfin le lion, mais ce dernier est blessé.
Alors l’animal regarde le garçon :
 
"Comme tu peux le voir , je suis blessé. J'ai combattu toute la nuit
contre un rival féroce. Tu n'aurais aucun mal à venir à bout de mes forces.
Soit tu me tues sans gloire et tu passes pour un homme aux yeux de tes frères,
soit tu me laisses la vie sauve et à tes propres yeux tu sors grandi,
mais banni, tu le seras par tes pairs.
Tu as la nuit pour réfléchir."

Finalement, Yakouba laisse la vie sauve au lion. Il ne pourra donc pas devenir un guerrier et vivra à l’écart du village, surveillant le troupeau. Mais depuis ce jour, ce dernier n’a plus été attaqué par les lions.

Quel intérêt ?

* l’aspect philosophique :

- Vaut-il mieux agir pour le regard des autres ou savoir en soi-même que l’on a fait le bon choix ? Yakouba gagne le respect de lui-même et du lion, même s’il est banni.
En production d’écrit il sera possible de travailler sur la suite du texte, lorsque le lion dit à Yakouba qu’il a la nuit pour réfléchir. (préciser les pensées de Yakouba, introduire aussi bien les injonctions des guerriers ou de ses parents et utiliser la première personne)
Développer les raisons, à l’oral ou en production d’écrit, qui pousseraient à tuer ou non le lion. En quoi ce choix fait-il grandir le personnage ? Qu’est-ce qui parait le plus important aux élèves ? Quel choix auraient-ils fait à la place de Yakouba ? Pourquoi ? Pour élargir le débat, y a-t-il une situation dans laquelle ils se sont sentis grandir ?
- L’homme face à la nature (l’illustration où Yakouba quitte son village présente le personnage comme écrasé, tout petit. Il est question de se sentir comme un rocher, les éléments sont personnifiés (le vent rugit…)

* L’implicite : beaucoup de choses ne sont pas dites et pourraient échapper aux élèves. Il est intéressant de voir que les illustrations servent d’ailleurs d’indices sur le sens profond du texte. A travailler et expliciter avec les élèves pour s’assurer d’une compréhension complète.

* Les illustrations :

- La place des illustrations, le changement de couleur du fond (noir sur ivoire ou inversement selon les parties du texte), le discours du lion sur une double page sans dessin, les plongées ou contre plongées ; autant de détails à observer pour voir de quelle manière les illustrations mettent en valeur le texte.
- En noir et ivoire, jouant sur les contrastes, pourraient être intéressantes à travailler en arts visuels. On peut élargir aux arts africains.

* Mise en réseau possible avec des livres sur les rites d’initiation (Yacouba, chasseur africain, de Kourouma ; Comme mon père me l’a appris, de Rascal...) ; les héros se sacrifiant (Le chasseur, de Casanova...) ; les livres de l’auteur (Kibwe (suite de Yakouba) ; Le pacificateur) ; l’Afrique (chasseurs d'esclaves, de Solet ; contes traditionels d'Afrique...).

* D’un point de vue interdisciplinaire, on pourra bien-sûr travailler sur l’Afrique (géographie, danse, musique…), les lions…

Autres pistes autour de l'implicite ICI (clic).
Travail autour du débat ICI (clic).

Des défauts ?

* L’image de l’Afrique, avec le petit village, les guerriers et le lion est quelque peu dépassée. Il ne faut pas confondre le conte et la réalité. Ce serait sans doute intéressant à travailler pour ne pas se limiter à cette vision de l’Afrique.

* Les illustrations sont à mon goût trop dures, je pense notamment à Yakouba qui fait plutôt peur… En revanche, il faut bien reconnaitre que le lion est magnifique ! ^^

En conclusion ?

Un album traitant du rite d’initiation avec une fin sujette au débat. Un bel album, très travaillé aussi bien du point de vue du texte que des illustrations.

Le début ?

De partout à la ronde on entend le tam-tam.
Au cœur de l'Afrique, dans un petit village, on prépare un grand festin.
C'est un jour de fête. On se maquille, on se pare. C'est un jour  sacré.
Le clan des adultes se rassemble et désigne les enfants en âge
de devenir des guerriers.
Pour Yakouba, c'est un grand jour.
Il faut apporter la preuve de son courage, et seul, affronter le lion.
Sous un soleil de plomb, marcher, franchir les ravins, contourner
les collines, se sentir rocher, forcément, herbe bien sûr,
vent certainement, eau, très peu.
Le jour comme la nuit, épier, scruter, oublier la peur qui serre le ventre,
qui transfigure les ombres, rend les plantes griffues et le vent rugissant.
Attendre des heures et puis soudain...
S'armer de courage et s'élancer pour combattre.

lion_image

sourire